Qui extrait les diamants aujourd'hui, qui garantit leur origine, et comment une pierre voyage d'Anvers jusqu'à mon showroom parisien.
Anvers reste, depuis des siècles, le carrefour mondial du négoce du diamant brut et poli. C'est de là que mon métier de diamantaire indépendant s'exerce aujourd'hui à Paris.
L'histoire récente du secteur a connu un vrai bouleversement : les grands groupes miniers diversifiés se retirent peu à peu du diamant, laissant le terrain à quelques acteurs spécialisés.
Fondée en 1888 en Afrique du Sud, De Beers a longtemps dominé le marché mondial. Sa maison-mère Anglo American a annoncé en 2024 son intention de céder De Beers ; le processus de cession est toujours en cours.
Le groupe russe Alrosa reste le premier producteur mondial en volume. Depuis 2022, ses diamants font l'objet de sanctions occidentales, ce qui a renforcé l'exigence de traçabilité dans toute l'industrie.
BHP a quitté le secteur du diamant dès 2013. Rio Tinto, qui avait déjà fermé sa mine emblématique d'Argyle en 2020, a définitivement quitté le diamant avec la fermeture de Diavik, marquant la fin d'une époque pour les grands groupes miniers diversifiés.
En 2006, l'industrie produisait 176 millions de carats de diamants naturels. Selon les dernières analyses de l'industrie, 2026 pourrait voir la production mondiale tomber sous les 100 millions de carats, son niveau le plus bas depuis le début des années 1990. Plusieurs fermetures de mines historiques et l'essor de nouveaux producteurs redessinent la carte :
| Pays / Producteur | Situation aujourd'hui |
|---|---|
| Botswana (Debswana / ODC) | L'État commercialise 25 à 30% de la production via l'Okavango Diamond Company, environ 900 millions $/an |
| Angola | Production en forte hausse (+100% depuis 2017) ; devenu 3e producteur mondial depuis 2023, environ 1,6 milliard $ de recettes en 2025 |
| RDC | Gros volume mais très majoritairement artisanal, environ 700 000 mineurs |
| Russie (Alrosa) | 1eʳ producteur historique en volume, sous sanctions occidentales depuis 2022 |
| Canada | Fermeture définitive de la mine Diavik en mars 2026, après 150 millions de carats produits en 23 ans |
| Anvers | Reste le carrefour mondial du négoce, où plusieurs tenders se déroulent en permanence |
Face à la demande croissante de transparence, plusieurs systèmes complémentaires permettent aujourd'hui de suivre un diamant depuis son extraction :
Le GIA fait correspondre scientifiquement les caractéristiques du diamant brut, analysé avant la taille, à celles du diamant poli, ce qui confirme son pays d'origine. Lancé en 2019, complété depuis 2022 par le Source Verification Service.
Plateforme blockchain créée par De Beers, Tracr suit le diamant depuis la mine jusqu'à la vente au détail, en collaboration avec le GIA pour renforcer la confiance des consommateurs.
Entreprise belge basée à Anvers, indépendante de tout groupe minier, qui trace le diamant "de la mine au doigt" par blockchain et QR code.
Organisme de certification fondé en 2005 : il audite les entreprises sur leurs pratiques éthiques tout au long de la chaîne, de la mine à la bijouterie.
Organisme de promotion du diamant naturel. À la différence du RJC, il ne certifie pas les entreprises, mais œuvre à la confiance des consommateurs envers le diamant naturel.
En Angola comme en RDC, j'étais acheteur officiel, avec des licences pour acheter des diamants et les réexporter vers Anvers. Je n'avais pas le droit d'acheter des diamants illégaux, et nous étions très contrôlés.
Les négociants locaux qui venaient me revendre des pierres avaient tous des accréditations en Angola ou des cartes de négociant en RDC. Au Congo, chaque matin, j'ouvrais mon comptoir d'achat avec des agents de l'État assis à côté de moi, qui vérifiaient les négociants et les creuseurs. C'était le même rituel tous les jours.
Les mines sont contrôlées en permanence : transparence, traitement des salariés, investissements, aide aux localités autour de la mine. Les banques et les organismes internationaux, comme le RJC, leur posent sans cesse des questions, et l'argent doit être traçable.
À Anvers, les diamantaires doivent respecter des règles, dont la lutte contre le blanchiment (AML), pour garder leur licence, sous le contrôle de l'AWDC et des bourses. En dehors d'un circuit officiel et de partenaires de confiance, il est très difficile de travailler avec des diamants illégaux. Les diamants que j'achète à Anvers, auprès de diamantaires reconnus du marché anversois, passent par ce circuit officiel et légal.
Aujourd'hui, la grande majorité des diamants naturels passent par des circuits officiels très contrôlés, de la mine à la bourse. Certains clients veulent savoir précisément d'où vient leur pierre, d'autres ne demandent pas. Si vous voulez le savoir, demandez-moi : je vous réponds honnêtement.
Avec Tracr ou iTraceiT, une pierre brute, à partir d'un certain poids ou d'une certaine qualité, peut être scannée puis suivie pendant le triage, la fabrication et la taille, jusqu'à l'envoi au laboratoire pour la certification. Tout le parcours se voit en photos, avec un code-barres et les dates. Ce service a un coût, et dans un marché très serré, tous les diamantaires ne peuvent pas encore le proposer. J'ai déjà vendu des pierres dont le rapport GIA indique l'origine du brut.
Avant la taille, chaque diamant brut raconte déjà une histoire : sa forme, ses inclusions, son potentiel. Voici quelques pierres brutes que j'ai achetées.



Laissez-moi un message, ou demandez à être rappelé : je vous réponds personnellement sous 24h.