Avant même de sortir une pierre, je regarde son rapport GIA — ou son certificat. Il m'indique comment les inclusions sont réparties, et lesquelles s'y trouvent. Mais je ne me fie jamais au schéma lui-même : les lignes et les points rouges qui marquent les inclusions sur le papier ne reflètent pas toujours la réalité. La vérité, elle, se voit à la loupe x10 — celle avec laquelle j'examine chaque diamant.
Le briefke
Une fois le certificat consulté, je sors la pierre de son pli — ce que nous appelons, entre diamantaires, un briefke. Le mot vient du néerlandais et signifie simplement « petite enveloppe », ou « petite lettre ». C'est un terme qu'on se transmet entre nous depuis des générations, hérité d'Anvers, capitale historique du métier.
Je pose la pierre sur mon pad, un bloc blanc, après l'avoir récupérée avec ma pincette — ce que nous appelons le tweezer. Puis je la nettoie avec un tissu spécialement conçu pour le diamant.
D'abord, 30 centimètres
J'observe la pierre un instant à une distance d'environ 30 centimètres. C'est la première impression — celle qu'aura n'importe quel regard, sans loupe, sans expertise. C'est aussi, d'une certaine façon, le regard du futur client.
Ensuite seulement, je rapproche la pierre de mon œil. Je cherche les inclusions noires, et surtout leur position : sont-elles centrales ? Latérales ? Cachées dans la couronne, ou près du rondiste ? Traversent-elles la pierre de part en part ?
C'est à ce moment précis que l'œil devient l'œil du lynx.
Le seul critère qui compte vraiment : eye clean
Une pierre peut être fortement incluse sur le papier, et rester malgré tout la plus intéressante — à condition d'être eye clean : invisible à l'œil nu, à une distance minimale d'environ 30 centimètres. Si elle ne passe pas ce test, elle ne passe pas mon évaluation. Peu importe ce qu'indique le certificat.
Quand j'évalue la pureté d'un diamant, j'essaie de me mettre à la place du futur client. Je n'aimerais pas, moi non plus, une pierre fortement incluse, ou des inclusions mal placées. Et je ne regarde pas seulement le prix : parfois, pour 100, 200 ou 300 euros de plus, on trouve une pierre bien plus belle, et véritablement eye clean.
Laurent de Toledo est diamantaire indépendant de troisième génération, HRD Certified Diamond Grader, formé à la Harry Oppenheimer Diamond Training School de Johannesburg. Plus de 20 ans d'expérience dans la sélection et l'achat de diamants.
