Il y a des endroits dans le monde qui vous marquent à vie. Pas parce qu'ils sont beaux — même si l'Angola l'est, à sa façon. Mais parce que vous y avez vécu quelque chose d'irréductible. Quelque chose que les mots peinent à contenir.

J'avais 25 ans quand j'ai mis les pieds pour la première fois dans les Lundas. Je n'y allais pas en touriste. J'y allais acheter du diamant brut, pour le compte de deux des plus grands groupes d'achat de brut au monde de l'époque : ASCORP — l'Angola Selling Corporation, monopole d'État créé en 1999 — et LKI, Lazare Kaplan International. Des structures colossales. Et moi, tout jeune, au milieu de tout ça.


Les Mamboj, puis les KP&P

On ne se déplaçait pas seul dans les Lundas en 2003. La guerre venait à peine de finir — officiellement depuis avril 2002. Sur le terrain, les armes n'avaient pas toutes été rendues.

Ma sécurité s'appelait d'abord les Mamboj, puis ils sont devenus les KP&P — des anciens combattants reconvertis en gardes du corps privés. Des hommes qui avaient traversé vingt-sept ans de guerre civile et qui connaissaient chaque piste, chaque rivière, chaque danger invisible. Ils nous suivaient partout. Sans eux, rien n'était possible.

Dans nos comptoirs d'achat — des comptoirs-forteresses — des anciens militaires devenus creuseurs venaient vendre leurs pierres. Armés. Pas encore totalement démobilisés dans la tête. Ils entraient, posaient leurs diamants sur la table, et on achetait. Une tension permanente, sous-jacente, jamais tout à fait éteinte. Mais aussi une forme de confiance fragile, construite pierre après pierre.


Les routes

Cent kilomètres. Quatre à six heures.

Voilà ce que c'était, se déplacer en Angola après la guerre. Les routes n'avaient pas été réparées depuis l'époque coloniale. Des ornières si profondes que la cabine de notre Toyota disparaissait dedans. On ne voyait plus l'avant du véhicule. On avançait à l'aveugle, au jugé, en priant pour que le moteur tienne.

Entre Nzagi et Kassanguidi, il y avait un pont. La moitié avait survécu à la guerre. L'autre moitié — ouverte sur la rivière en dessous. Le côté qui restait debout était juste assez large pour nous laisser passer, centimètre par centimètre, les KP&P à nos côtés, personne ne respirant jusqu'à l'autre rive.

C'était l'aventure. C'était incroyable. Je n'échangerais ces souvenirs pour rien au monde.


Les villages

Entre deux passages de rivière et deux nuits à la belle étoile, l'Angola colonial m'apparaissait dans toute sa mélancolie magnifique.

Des petites villes aux avenues bordées de manguiers. Des maisons aux façades délavées par le soleil, aux volets entrouverts sur des cours intérieures ombragées. Et au moment des saisons, les écoliers qui attendaient patiemment que les mangues tombent des arbres — ou qui leur lançaient des cailloux pour les faire tomber. Des scènes intemporelles, dans un pays qui venait de sortir de l'enfer.


Les diamants qui coulaient à flots

Et puis il y avait les pierres.

Octaèdre de diamant brut angolais tenu entre les doigts
Un octaèdre brut des Lundas — forme naturelle parfaite. © Laurent de Toledo

Dans les régions de Nzagi, Lucapa et Cafufu, j'ai vu des choses que peu d'acheteurs ont eu la chance de voir. Des gisements qui duraient des jours, parfois des semaines. Le diamant qui coulait à flots, dans des proportions que je n'ai jamais revues nulle part. Des modèles de bruts d'une perfection rare — octaèdres nets, surfaces lisses, fenêtres transparentes sur l'intérieur de la pierre. Des couleurs commerciales exceptionnelles, très recherchées par les acheteurs indiens de Surat.

Sur la route entre Luanda et Saurimo, en passant par Chamukilenge, les pink et les bleus sortaient du sol. Des couleurs qui n'existent presque nulle part ailleurs à cette concentration.

À Lucapa, j'ai tenu dans ma main une pierre d'une couleur que je n'avais jamais vue avant et que je n'ai plus revue depuis : violet. Un vrai violet naturel, profond. Une anomalie géologique extraordinaire. Une de ces pierres qui vous rappellent pourquoi vous avez choisi ce métier.


Ce que ces années m'ont appris

J'ai rencontré des gens incroyables. Des creuseurs qui connaissaient la rivière comme leur propre main. Des gardes qui avaient traversé l'indicible et qui vous protégeaient avec une loyauté absolue. Des vendeurs qui apportaient une pierre dans du papier journal, les yeux brillants, et qui avaient raison d'être fiers.

On a vécu dans des maisons sans courant. Des nuits coupées par les pluies tropicales torrentielles. Des groupes électrogènes qui tombaient en panne. La vie de brousse, dans toute sa rudesse et toute sa beauté.

Ces années angolaises ont fait de moi le diamantaire que je suis. Pas les livres. Pas les cours. Le terrain.


Laurent de Toledo est diamantaire indépendant de troisième génération, HRD Certified Diamond Grader, formé à la Harry Oppenheimer Diamond Training School de Johannesburg. Acheteur de diamants bruts en Angola et en RDC pendant plus de 20 ans.

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